Sans Queue ni Q N°1
Certains artistes possèdent leur propre galerie, Bernard Buffet, était propriétaire de la galerie Garnier où Garnier lui-même n'était que directeur. Un seul artiste, le propriétaire, était exposé. Les autres artistes , on s'en débarrassa pour ne consacrer la galerie qu'au maître des lieux.
D'autres galeries louent soit un étage, soit le lieu tout entier tel que la galerie de Causans ou, comme jadis la galerie Camion rue des Beaux-Arts que l'on a appelé la galerie garage à son époque.
La galerie Templon est au fond de la cour, alors que la galerie Façade donne sur rue. Certains s'y trompent ou s'y trompaient car la gentille galerie Façade (c'est ainsi qu'elle aime à se présenter) a du mettre le nom de son propriétaire, Serge Panigel, sur la porte. Elle se loue à la semaine. De charmantes jeunes filles que la faculté oblige à faire un stage obligatoire en galerie pour obtenir leur diplôme d'art plastique, ornent les lieux. Une d'entre elle avoua à Sammba qu'elle aimait beaucoup les vues de Venise avec des gondoles au soleil couchant qui étaient exposées alors et ignorer le terme de chromo qui leur allait si bien. Dernièrement on y a vu des artistes coréens et japonais, car chez eux, une exposition à Paris donne du prestige. Tout peut y être exposé déclare son propriétaire. Marcel Duchamp a fait école. Attention, les prix de location sont à la tête du client.
Rue Quinquanpoix, la galerie Art Présent est une institution. La galerie se loue tout entière mais on peut ne louer que l'emplacement d'une seule oeuvre, au sous-sol. On a pu y revoir des chevaux et des chiens peints sur velours noir et aussi des artistes du genre de ceux qui exposaient en plein air le dimanche après-midi, dans les années 50, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, des marines bretonnes au clair de lune ou des clochards sous les ponts de Paris en train de boire ou de pisser. Les galeristes de la rue, jaloux, disent :”Art Présent, ce n'est pas une galerie !”. Au vernissages, il y a un copieux buffet auquel tous les artistes ont participé pour y inviter leur familles au grand complet. Elle est la favorite des amateurs de vernissages avec buffet.
Avenue Matignon, les galeries sont plus chic et les chromos plus chers. La galerie Bernheim loue ses murs aux peintres femmes d'avocats ou d'hommes d'affaires qui vendront toute leur production aux clients de leur mari. Dans l'avenue on trouve des artistes pour Japonais tels que Bernard Buffet ou Jansem dont l'épouse est la directrice de la galerie Matignon. A la vente au profit des sinistrés du tremblement de terre de Léninakan, en Arménie, à l'espace Pierre Cardin, on la vit discrètement surenchérir une oeuvre de son mari qu'elle racheta avec excellente cote pour l'envoyer au Japon. Elle ne fut pas la seule à utiliser la charité bien ordonnée.Ce fut à cette occasion que le nom d'Oumar N'diaye de Padalal apparut officiellement au côté de Brun l'Arménien.
Les petites galeries loin du centre et de la clientèle se louent moins cher. Il vaut mieux exposer dans un café ou un restaurant. Cela ne coûte rien à l'artiste qui est sûr d'avoir des visiteurs dans un endroit heureux de la décoration. Il est libre d'exposer ce qui lui plaît, de faire diverses expériences dont celle de changer de genre et de nom. N'ayant à subir ni frais de location, ni commission, les oeuvres sont moins chères et peuvent être abordables au public populaire que les prix extravagants écartent férocement.









